Gurshad Shaheman Artiste associé

Un artiste associé est une complicité. Une rencontre humaine et sensible entre un lieu et un artiste. Des envies artistiques partagées. Des imaginaires communs. Le Manège Maubeuge associe Gurshad Shaheman (Iran / France). À la rencontre de son art, entre spectacle, performance, récits intimes et engagés.

Auteur et metteur en scène, Gurshad Shaheman dessine avec finesse les contours d’un théâtre humaniste, sans pathos, qui veut provoquer une prise de conscience sans donner de leçons.

J’aime bien fabriquer des machines qui travaillent l’émotion.

 Son portrait, son parcours

Les débuts Comme souvent, ça démarre au lycée, où il s’inscrit à l’atelier théâtre à cause d’une prof de français « [qu’il] aimait énormément », d’une timidité qu’il cherche à vaincre et pour améliorer son français (il est arrivé en France depuis trois ans). Il imagine plutôt suivre les traces de son père ingénieur et s’inscrit en Math Sup. Un garçon comédien-metteur en scène rencontré dans un festival le fait chavirer : Gurshad passe le concours du Conservatoire, est reçu à Toulon, s’inscrit en fac de lettres puis à l’Erac (école régionale d’acteurs de Cannes et Marseille). « Quand j’ai passé mon bac, j’avais 17 en math, en physique, en philo, j’ai passé le théâtre en candidat libre et j’ai eu 8/20 : je n’ai pas suivi la voie de raison... ».

Chaque projet doit être un nouveau défi, je fabrique des objets avec les armes que j’ai forgées.

Son métier « Le théâtre, c’est énormément de labeur et d’acharnement. » Gurshad Shaheman l’envisage comme un artisan : « Chaque projet doit être un nouveau défi, je fabrique des objets avec les armes que j’ai forgées, et je dois perfectionner sans cesse mes outils. »

Sa signature Dans des scénographies sans esbrouffe, se déploient des récits d’exils, de séparations, de renaissance, libres mais tout en retenue, où la parole retravaillée devient poétique. « Avant de faire du théâtre, je fabrique de la littérature. » Son théâtre tient de la performance mais revendique l’héritage littéraire du récit intime : « Proust, Guibert, Annie Ernaux, Lagarce... » S’il a démarré son parcours de metteur en scène avec un récit autobiographique, il travaille de plus en plus avec des amateurs.

L’émotion « J’aime bien fabriquer des machines qui travaillent l’émotion. » C’est le meilleur moyen de raconter cette histoire.

C’est quoi, le théâtre ? « Un endroit de prise de conscience peut-être. Rendre la question palpable, c’est là l’enjeu. Quand on vit la chose de l’intérieur, on peut la comprendre. » Au happy end, il préfère la « salvation ». Le spectateur assiste à des événements terribles, « mais quand même on lui donne le sentiment que l’amour nous sauvera ».

iTAK Festival / Les Forteresses, dernière création de Gurshad Shaheman, au Manège en mai 2022