Artistes associés Maya Bösch & Gurshad Shaheman

Un artiste associé est une complicité. Une rencontre humaine et sensible entre un lieu et un artiste. Des envies artistiques partagées. Des imaginaires communs. Le Manège Maubeuge associe deux artistes : Maya Bösch (Suisse) et Gurshad Shaheman (Iran / France). À la rencontre de leur art, entre spectacle, performance, récits intimes et engagés.

Maya Bösch

Artiste et metteur en scène, elle accompagne le Manège depuis un an et, même en temps de Covid, a pris ses marques. Co-curatrice d’iTAK festival, elle affine les projets à mener sur le territoire.

Maubeuge est peut-être un laboratoire idéal, vivant.

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de Maya Bösch

Quel regard portez-vous sur Maubeuge ?
« Il y a pour moi quelque chose d’une vastitude. À chaque fois que je reviens, je trouve un autre horizon, je peux me perdre. Il y a aussi quelque chose en attente, un pouls à saisir. J’essaye de ne pas regarder la ville avec mes vieux réflexes. C’est important pour créer des concepts plus poussés, sur le vide, la résilience, trouver la fulgurance pour esquisser des projets avec les gens. Le défi pour moi, c’est de créer à partir du territoire, de ne pas exporter mes trucs. Maubeuge est peut-être un laboratoire idéal, vivant. La rénovation du Manège, qui aura lieu en 2022, sera l’occasion de faire de Maubeuge un grand théâtre, en occupant des lieux uniques pendant le chantier. »

Quels sont les projets ?
« Cela fait une année que je suis à Maubeuge, et à chaque passage, je commence à rencontrer les gens. Plusieurs fenêtres s’ouvrent. Par exemple, je vais réaliser un film avec les Ateliers Val de Sambre, dont la mission est la réinsertion de handicapés mentaux [un E.S.A.T., ndlr], où 300 personnes viennent travailler tous les jours. Ils ont gagné un prix par rapport à leur engagement et voulaient faire un film pour remercier les gens qui y travaillent. Ils ont demandé conseil au Manège pour un artiste. Il ne s’agira pas d’un film de promotion, mais d’un film qui parle d’eux, de leur vie, des espaces où ils travaillent, de leurs espoirs pour le futur. Mes collaborateurs tombent tous amoureux de Maubeuge, de l’équipe, de la fantaisie qu’on peut trouver là-bas. Le photographe suisse Christian Lutz pourrait venir faire un livre sur la ville, car il n’existe pas d’images du terri- toire. Un physicien du CERN et le musicien Vincent Hänni vont venir faire une installation pour Maubeuge. Créer de petits écrins, faire travailler des gens à Maubeuge, ça vaut de l’or pour moi. Et c’est maintenant qu’il faut le faire, qui sait où on sera dans 2 ans ? »

Découvrez le portrait de Maya Bösch (saison 20-21)
27 mai / Retour à Maubeuge / Sur la voie royale avec les élèves comédiens de Lausanne

Gurshad Shaheman

Auteur et metteur en scène, il dessine avec finesse les contours d’un théâtre humaniste, sans pathos, qui veut provoquer une prise de conscience sans donner de leçons.

J’aime bien fabriquer des machines qui travaillent l’émotion.

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de Gurshad Shaheman

Les débuts Comme souvent, ça démarre au lycée, où il s’inscrit à l’atelier théâtre à cause d’une prof de français « [qu’il] aimait énormément », d’une timidité qu’il cherche à vaincre et pour améliorer son français (il est arrivé en France depuis trois ans). Il imagine plutôt suivre les traces de son père ingénieur et s’inscrit en Math Sup. Un garçon comédien-metteur en scène rencontré dans un festival le fait chavirer : Gurshad passe le concours du Conservatoire, est reçu à Toulon, s’inscrit en fac de lettres puis à l’Erac (école régionale d’acteurs de Cannes et Marseille). « Quand j’ai passé mon bac, j’avais 17 en math, en physique, en philo, j’ai passé le théâtre en candidat libre et j’ai eu 8/20 : je n’ai pas suivi la voie de raison... ».

Chaque projet doit être un nouveau défi, je fabrique des objets avec les armes que j’ai forgées.

Son métier « Le théâtre, c’est énormément de labeur et d’acharnement. » Gurshad Shaheman l’envisage comme un artisan : « Chaque projet doit être un nouveau défi, je fabrique des objets avec les armes que j’ai forgées, et je dois perfectionner sans cesse mes outils. »

Sa signature Dans des scénographies sans esbrouffe, se déploient des récits d’exils, de séparations, de renaissance, libres mais tout en retenue, où la parole retravaillée devient poétique. « Avant de faire du théâtre, je fabrique de la littérature. » Son théâtre tient de la performance mais revendique l’héritage littéraire du récit intime : « Proust, Guibert, Annie Ernaux, Lagarce... » S’il a démarré son parcours de metteur en scène avec un récit autobiographique, il travaille de plus en plus avec des amateurs.

L’émotion « J’aime bien fabriquer des machines qui travaillent l’émotion. » C’est le meilleur moyen de raconter cette histoire.

C’est quoi, le théâtre ? « Un endroit de prise de conscience peut-être. Rendre la question palpable, c’est là l’enjeu. Quand on vit la chose de l’intérieur, on peut la comprendre. » Au happy end, il préfère la « salvation ». Le spectateur assiste à des événements terribles, « mais quand même on lui donne le sentiment que l’amour nous sauvera ».

iTAK Festival / Les Forteresses, dernière création de Gurshad Shaheman, au Manège en mai 2022